Plusieurs thèmes sont abordés dans Nana, tels que la diversité, la liberté, l'indépendance, les différences, l'amour évidemment, mais celui qui domine est sans doute l'amitié. La particularité de Nana par rapport au reste de la production manga, c'est d'être réaliste. Les sentiments, quels qu'ils soient, sont montrés avec une telle justesse qu'on se dit qu'on pourrait le vivre, ou tout du moins, que c'est possible.
L'amitié est abordée différement selon les personnages qui en font montre. Il y a le dévouement, illustré par Yasu. Qui ne rêverait pas d'avoir Yasu comme ami, de compter quelqu'un comme lui parmi ses connaissances ? Qui serait capable de venir dans un café à 4h du matin simplement parce qu'on lui demande ? L'abnégation, le dévouement, Yasu le porte à merveille. A tel point qu'on peut se demander si ses épaules ne vont pas finir par céder sous ce trop plein de responsabilités... Mais il est un peu celui qui fait redescendre tout le monde de son nuage, celui qui offre ses épaules pour pleurer ou parfois ses remontrances pour avancer. Alors dans ce cas on se dit "pourvu qu'il ne craque pas"...
Nana voue également une grande amitié et une sincère affection à Nobu, dont elle fait montre au tome 9. Si elle n'est pas du genre à s'épancher mais bien plutôt prête à taquiner le gentil guitariste, une fois n'est pas coutume, Nana dans un accès de faiblesse, lui dira qu'il est la première personne à qui elle a fait confiance, celui qui l'a réconcilié avec le genre humain en quelque sorte. Et ça n'est pas rien... Qu'il s'agisse d'actes, de paroles ou de simple présence, beaucoup sont là les uns pour les autres à leur manière.
Mais évidemment, le lien le plus fort du manga, celui qui est à la fois le plus fragile, c'est celui qui relie nos deux Nana... Plus qu'une amitié banale, c'est un amour fusionnel qui lie ces deux jeunes filles si différentes l'une de l'autre. Si Hachi a sa manière à elle de montrer son affection, celle-ci est nettement visible. A coup de grandes effusions, d'enthousiasme exessif mais surtout avec une admiration débordante, Hachi montre la place qu'a prise Nana dans son coeur. L'apogée de leur relation, c'est sans doute ce moment inoubliable où Hachi emmène Nana au concert de Trapnest, "parce qu'elle sait". Et quand face à Ren, Nana pleure en silence, Hachi la main dans la sienne ne peut contenir ses larmes sans savoir pourquoi. Pourquoi ? Parce qu'elle partage les sentiments de son amie. Alors qu'importent les mots, cette scène nous en dit bien plus à elle seule.
Mais Nana, elle, est du genre possessive et exclusive. Si elle appelle sa colocataire Hachi ou Hachikô par jeu parce qu'elle lui fait penser à un chien, elle en prend vite l'habitude. Chacun se souvient de ces mots dits à Nobu : "pour pouvoir garder un oeil sur Hachiko en la lachant dans mon jardin..." Nana, dont l'amitié est plus discrète en apparence, est extrêmement possessive, on peut donc se demander si cela ne finira pas par être malsain ? Mais qui peut dire ce qu'il va advenir des deux Nana, quand on sait maintenant que la rupture a eu lieu. si l'une est partie comme une voleuse, l'autre n'a pas essayé de la retenir. Alors le lien perdurera-t-il même si leurs chemins se séparent ? Le talent d'Ai Yazawa nous apportera la réponse, réponse que l'on redoute, tant la voix off d'Hachi à alquelle succède celle de Nana nous laisse présager le pire...